Le Parrain

Aux sourires et aux rires de Marc, personnage très attachant, rempli de simplicité, de gaieté, de joie, un GRAND MERCI pour son soutiens, ses conseils et sa bonne humeur… l'”humaniste” est là révélé dans sa plus belle expression!!!! Merci Monsieur Paygnard d’avoir cru en cet événement et d’avoir été présent pour nous soutenir!!! Je suis fier d’avoir fait votre connaissance!!

Franck

Président de I.D.O

 

Les petites histoires de Marc Paygnard

Marc Paygnard aime les histoires. Celles du monde, qui sont aussi les siennes, et donc un peu les nôtres. Mais les histoires, c’est bien connu, ne valent que si elles sont racontées. Alors, Marc Paygnard raconte ce qu’il a vu ou ce qu’il a cru voir. Il recommence inlassablement le même voyage pour nous montrer l’Homme tel qu’il est. Et aussi la Femme, cela va sans dire, sans quoi Marc Paygnard ne serait pas Marc Paygnard. Son itinéraire est une suite de petits moments, de petites aventures et de rencontres. Il n’en faut pas plus pour faire reculer tous les horizons et nous mettre l’esprit au grand large.

Tout commence en Lorraine, à l’arrière du tube Citroën de son papa laitier. Les tournées de village en village, vécues depuis la tribune inattendue d’un bidon de lait, révèlent le petit garçon au monde qui l’entoure. L’enfant n’a rien d’autre à faire que regarder défiler le paysage. Il ne sait pas encore qu’il ne cessera plus de le faire, sous toutes les latitudes, et que la curiosité est un vrai métier, pour ne pas dire un art. Un jour, par hasard — mais est-ce bien un hasard ? —dans une cour de ferme du côté de Vesoul, un autre enfant au bidon de lait lui donnera l’occasion de renouer avec le temps béni où il apprenait à voir sans le savoir.

Rêvant de devenir photographe, contre l’avis de ses parents, il entre à Metz au Républicain lorrain, où après quelques temps, il intègre le service photo du journal. Il ne reviendra plus jamais en arrière. Comme une prémonition du voyage, sans doute, il multiplie les images pour La vie du rail. Il fait surtout des rencontres déterminantes. Avec Jean Dieuzaide, par exemple. Personnage haut en couleur s’il en est, le créateur de la première galerie photo en dehors de Paris devient son parrain en photographie. On peut tomber plus mal.

Il y a Paul Jay, aussi, Conservateur du Musée de la photo de Chalon sur Saône, qui lui offre une tribune pour des conférences et son amitié. D’expositions en festivals, il côtoie des gens comme Willy Ronis ou Hans Sylvester. Il confronte son propre travail au regard du public et à celui de ses pairs. La machine est plus que jamais lancée, qui le pousse toujours plus avant, du côté de la rue d’Alger, à Paris, et de l’agence Rapho. Là, il rencontre le directeur de la maison, Raymond Grosset, qui lui fait intégrer une équipe de cent cinquante photographes, dont certains sont célèbres. Dans l’ascenseur, il croise un certain Robert Doisneau.

Participant à de nombreuses expositions collectives, il a également l’occasion de montrer son travail dans des galeries en France et à l’étranger. Remarqué par la critique, il se voit décerner un Grand Prix d’auteur par la Fédération photographique de France en 1982, il tente alors une multitude de concours ou très souvent il se place en seconde position. Ce qui lui vaut le surnom du Poulidor de la photographie. Il s’illustre avec les deux premiers prix au festival de Knokke le Zoute en Belgique, puis au prix Nikon, au prix Niepce, au prix du journal Marie France et j’en passe…Premier invité au festival photo le Mai de la photo à Reims, il réalise alors un travail photo sur les TUR transports urbains de Reims avec Béatrix Von Conta . C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Jean-Marie Lecomte alors responsable de cette manifestation qui prendra au fil des ans une renommée internationale. Une belle complicité et une amitié s’installe entre les deux hommes. Elle ne se dément pas avec les années, et leur donne l’occasion de mener ensemble plusieurs projets éditoriaux. Le livre que vous avez entre les mains est une nouvelle preuve de leur amitié.

Parce que le photographe est homme et que chaque photo est une petite histoire, celles présentées dans cet ouvrage témoignent de cette réalité. Et voilà la distance abolie, le temps suspendu au rythme de l’obturateur. Il y a sans doute quelque chose du moment décisif, cher à Cartier-Bresson. Et quelque chose d’autre, en deçà ou au-delà, qui tient beaucoup plus de l’indicible que de la technique. L’intérêt du sujet, c’est le sujet lui-même, et tout ce qu’il suggère : une éternité conjuguée au présent, dans ce qu’elle a d’irrémédiable et d’accompli.

Marc Paygnard n’a rien du voyageur immobile. Il a posé son sac dans une bonne cinquantaine de pays et sur tous les continents. Ce n’est pas une vue de l’esprit, l’homme est à la fois trop modeste et trop sincère pour s’accommoder des mesquineries de la performance. Alors, puisque l’essentiel est ailleurs, c’est-à-dire partout, partons pour des horizons sans cesse renouvelés, dans la poussière des déserts, le miroitement des mers, la neige éternelle des sommets, et le quotidien des villes de province.

Partir, c’est mourir un peu, et c’est vivre beaucoup. Intensément, même. Pour Marc, c’est sans doute la seule vie qui vaille d’être vécue. Il y a du routard en lui, plus au sens de la Beat Generation de Jack Kerouac que celui des guides touristiques à la mode. Le Grand Tout est à la mesure des presque riens inlassablement captés dans les gares, les écoles, les chantiers de constructions, tout ce qui contient une humanité laborieuse, riche de tout ce qu’elle ne possède pas. L’objectif prolonge le regard. Le regard est la fenêtre de l’âme, celle du photographe unie à celle de son sujet.

C’est vers moi que je pars, écrit un jeune poète de mes amis, voyageur invétéré, comme tous les poètes. On l’aura compris, Marc Paygnard est poète avant d’être photographe. L’un n’empêche pas l’autre, au contraire. C’est même parce qu’il est poète qu’il est devenu chasseur d’images. À ce titre, le velouté incomparable de ses paysages ou le fondu moelleux de ses arrière-plans expriment par l’équilibre des ombres ce que la métaphore dit par les mots. Une prise de vue est à chaque fois une page de son recueil intime qui n’en a jamais fini avec l’amour de la vie, par et pour le regard des hommes. C’est aussi la raison pour laquelle le petit berger du Mali ou le cantonnier de Franche-Comté sont regardés exactement de la même façon. Avec toute l’évidence dont seule la poésie peut se rendre capable.

Alors, humaniste Marc Paygnard ? Sans doute, et l’influence de Robert Doisneau ou de Willy Ronis est sensible dans son approche de la photographie. Il ne la renie pas. Car qui dit influence des aînés dit surtout transmission. C’est d’ailleurs le cœur de toute initiation artistique. Elle seule permet de trouver sa propre voie. Ce n’est pas à Marc, qui a fréquenté longtemps les derniers paysans de la région des Mille Étangs, en Haute-Saône — et avec quelle empathie — qu’on va apprendre l’humilité et la patience de qui creuse son sillon, envers et contre tout. Il connaît le prix de l’authenticité, dont il s’acquitte par sa modestie naturelle. Avec, au bout, la joie du travail bien fait.

Pour autant, la force des paysages, portée par les hommes qui y vivent ou y sont nés, ne saurait être absente de l’œuvre. Sans cesse, l’objectif se porte vers ce qui nous contient tous. Le boîtier enregistre la ligne pure du ciel d’Afrique, les cimes de la Cordillère des Andes, les gratte-ciels de New York et induit un recentrement dans l’ordre souverain de l’univers. L’homme croisé au désert ou dans les villes grises de l’Est devient un élément de l’infini parce que perdu d’avance dans l’immensité du temps. Et voilà le quotidien élevé au rang de l’ici et maintenant, manifestant la grandeur de toute finitude. Dans le nuage de sauterelles, Marc Paygnard entend la nuée ardente l’appeler à son destin.

Le noir et le blanc symbolisent toutes les contradictions humaines et la dualité de l’existence. La mort et la vie, la nuit et le jour, la joie et la peine, le malheur et le bonheur conditionnent tous les êtres. Mais l’Art est un au-delà de l’apparence. C’est pourquoi Marc Paygnard donne à voir le monde en noir et blanc. La voie du milieu mêle intimement le jour et la nuit. Rien qui ne soit ni noir ni blanc, mais à la fois l’un et l’autre. Sur chaque cliché, les valeurs sont délicatement rendues. Le souci du détail et de la forme libère l’expression. La lumière apprivoisée transcende le sujet et emmène celui qui regarde aux confins de ce qui est. C’est-à-dire vers lui-même. À croire finalement que ce sont les petites histoires qui font les grandes émotions.

http://www.marc-paygnard.fr/ACTUALITE.html

Christophe Mahy